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Construction

Réception des travaux : tacite, expresse ou judiciaire

Le chantier se termine. L'ouvrage est-il reçu, et depuis quand ? À La Réunion comme ailleurs, la réception des travaux est le moment qui déclenche tout : les garanties, le paiement du solde et la position de chacun en cas de litige. Elle prend plusieurs formes, et chacune a ses effets.

Anne-Laure SitalapresadAvocate au barreau de Saint-Pierre de La RéunionLinkedInProfil avocat.fr
20 min de lecture
Une propriétaire et un professionnel inspectent le seuil d’une maison achevée
Illustration

Vous avez emménagé et payé les factures, mais l'entreprise n'est jamais venue signer le procès-verbal. Ou, à l'inverse, vous êtes artisan, votre lot est terminé, et le client garde une partie du prix. À La Réunion comme ailleurs, ces deux situations posent la même question : y a-t-il eu réception des travaux, et à quelle date ? La réponse tient à des faits précis et à des écrits.

Qu'est-ce que la réception des travaux, et pourquoi elle compte ?

La réception des travaux, c'est le jour où le client dit à l'entreprise : « j'accepte le travail ». Concrètement, le maître d'ouvrage, celui qui a commandé les travaux, fait le tour de l'ouvrage avec l'entreprise, note ce qui ne va pas, et signe un document : le procès-verbal de réception. Une maison neuve livrée par un constructeur, une cuisine refaite par un artisan, une toiture remplacée : chaque chantier se termine, en principe, par ce moment.

Ce n'est pas une formalité. En droit, la réception est un acte juridique, et à partir de sa date, tout change. La fiche officielle de l'administration le rappelle : les trois garanties légales courent à partir de la date de réception. Le solde du prix devient exigible. Le risque de perte de l'ouvrage passe de l'entreprise au maître d'ouvrage. Et sans réception, l'entreprise ne répond que sur le contrat, la Cour de cassation l'a jugé. C'est pourquoi la date de la réception se discute autant que la réception elle-même.

Schéma : avant la réception, l'entreprise répond sur le contrat ; le jour de la réception, les garanties légales, le solde du prix et le risque changent de régime
Le jour de la réception, trois choses commencent : les garanties légales, le paiement du solde, le transfert du risque.

Le code civil en donne une définition en trois points.

  • Le maître d'ouvrage déclare accepter le travail.
  • Il l'accepte avec ou sans réserves. Une réserve, c'est un point qu'il refuse en l'état : une plinthe manquante, une peinture à reprendre.
  • L'acceptation se fait en présence des deux parties. Le code dit « contradictoirement ».

Cette définition date d'une loi de 1978. Le code ne dit pas comment la présence des deux parties se vérifie dans les faits : cela s'apprécie dossier par dossier.

La réception est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserves. Elle intervient à la demande de la partie la plus diligente, soit à l'amiable, soit à défaut judiciairement. Elle est, en tout état de cause, prononcée contradictoirement.
Code civil, article 1792-6, premier alinéa (version en vigueur au 1er janvier 1979)Légifrance

Quand se fait la réception ?

La réception se fait quand les travaux sont terminés, ou au moins quand l'ouvrage est en état d'être reçu. Le code permet à chacune des deux parties d'en prendre l'initiative : il parle de « la partie la plus diligente ». Le maître d'ouvrage comme l'entreprise peuvent donc la demander.

Un chantier se découpe souvent en lots : le gros œuvre au maçon, la toiture au charpentier. Le marché de travaux les fixe. Un lot peut être reçu avant que le chantier entier soit terminé : la Cour de cassation l'a admis en janvier 2019. Deux limites encadrent cette réception par lots.

  • Une réception partielle n'est pas admise à l'intérieur d'un même lot. Un procès-verbal qui accepte une partie des éléments d'un lot et refuse les autres ne vaut pas réception de ce lot (février 2017).
  • Une réception qui porte sur deux niveaux d'un bâtiment ne vaut pas réception si ces niveaux ne forment pas une tranche indépendante ou un ensemble cohérent (mars 2022).

Les réserves : accepter une partie de ce qui a été fait

Une réserve, c'est un défaut noté le jour de la réception, que le maître d'ouvrage refuse en l'état. Réserver ou ne pas réserver change beaucoup de choses.

Sans réserves : les défauts visibles sont couverts

Les deux parties signent le procès-verbal et n'y inscrivent aucune réserve. L'ouvrage est accepté tel qu'il est ce jour-là. Cette forme a un effet important, jugé par la Cour de cassation en 1991 : les défauts visibles ce jour-là sont couverts. Une rayure sur une vitre, une porte qui ferme mal : si c'était visible et que personne ne l'a noté, l'entreprise n'en répond plus. Le contenu du procès-verbal compte donc autant que sa signature.

Avec réserves : l'acceptation reste une acceptation

Une réserve n'est pas un refus. Une acceptation avec réserves reste une acceptation, et les garanties courent de sa date.

Les réserves inscrites au procès-verbal relèvent de la garantie de parfait achèvement : l'entreprise doit les reprendre. Les deux parties fixent ensemble le délai. Quand les reprises sont faites, elles le constatent ensemble ou, à défaut, le juge le constate. C'est la levée des réserves. Tant qu'elle n'a pas eu lieu, la discussion reste ouverte, et la retenue de garantie avec elle.

La retenue de garantie

Quand le marché le prévoit, le maître d'ouvrage peut retenir une part des acomptes pour garantir la reprise des réserves. Une loi de 1971 fixe les règles.

  • La retenue ne peut pas dépasser 5 % du montant des acomptes.
  • La somme est consignée chez un tiers choisi par les deux parties ou, à défaut, désigné par le président du tribunal.
  • L'entreprise peut la remplacer par une caution bancaire du même montant.
  • À la fin du délai légal, la somme est versée à l'entreprise, sauf opposition motivée du maître d'ouvrage, par lettre recommandée, pour inexécution des reprises.
  • Une opposition abusive se paie en dommages-intérêts.

Le reste des comptes entre les parties, c'est un litige de paiement.

Les trois formes de réception

Le code civil prévoit deux voies : l'amiable d'abord, le juge ensuite. La Cour de cassation a ajouté la réception tacite. Le tableau les compare ; le détail suit.

FormeComment elle se produitCe qu'elle supposeCe qu'elle déclenche
ExpresseUn procès-verbal signé, avec ou sans réservesL'accord des deux partiesLes garanties légales, à partir de sa date
TaciteLa prise de possession et le paiement font présumer la volonté de recevoirQue celui qui l'invoque la prouveLes mêmes garanties, à partir de la date retenue
JudiciaireLe juge la prononce, à la demande de l'une ou l'autre partieL'échec de l'amiable et un ouvrage en état d'être reçuLes mêmes garanties, à partir de la date retenue

La réception expresse

C'est la réception normale : les deux parties signent un procès-verbal de réception, avec ou sans réserves, et la date qui y figure est celle de la réception. Le procès-verbal est le document que le code désigne pour y inscrire les réserves. Ce qui y est écrit ce jour-là fait foi entre les parties, et ce qui n'y est pas écrit, mais visible, est couvert.

La réception tacite

Personne n'a signé de procès-verbal, mais le maître d'ouvrage occupe l'ouvrage et a payé les travaux. Le code civil ne parle pas de ce cas. La Cour de cassation l'a admis : l'acceptation peut résulter du comportement du maître d'ouvrage, sans écrit.

Trois règles encadrent cette réception tacite.

  • Il faut une volonté de recevoir. Sans cette volonté à la date discutée, la réception tacite ne peut pas être retenue (arrêt de 2016).
  • Celui qui invoque la réception tacite doit la prouver (arrêt de 2017).
  • Prendre possession et payer les travaux font présumer cette volonté, pour un lot (janvier 2019) comme pour l'ouvrage entier (avril 2019). Présumer, c'est déduire la volonté de ces deux faits, sans écrit.

La réception judiciaire

Quand l'amiable a échoué, l'une des parties refuse de signer ou les deux ne s'accordent pas sur une date, le juge peut prononcer la réception. Le maître d'ouvrage comme l'entreprise peuvent le lui demander.

Le juge regarde une chose : l'ouvrage est-il en état d'être reçu ? Si oui, il peut prononcer la réception. Il n'a pas à vérifier en plus que le refus de l'autre partie était abusif : la Cour de cassation a écarté cette condition en 2017. Et la date retenue est celle à laquelle l'ouvrage était habitable, même si elle est antérieure à l'entrée dans les lieux (arrêts de 1998 et 2016). Un refus de recevoir n'empêche donc pas, à lui seul, une réception.

Les étapes d'une réception, une par une

Dans un chantier qui se termine normalement, la réception suit une suite d'étapes. Chacune laisse une trace, et ce sont ces traces que le juge regarde quand la réception se discute plus tard.

1- La demande de réception

La réception intervient à la demande de la partie la plus diligente : le maître d'ouvrage qui veut prendre possession de l'ouvrage, ou l'entreprise qui a terminé et veut être payée. En pratique, cette demande prend la forme d'une convocation écrite à une date donnée. Quand l'autre partie ne répond pas, c'est cette trace qui compte ensuite.

2- La visite contradictoire de l'ouvrage

Les deux parties parcourent l'ouvrage ensemble. C'est le sens du mot « contradictoirement » dans le code. Ce qui est visible ce jour-là compte : un défaut apparent et non noté est couvert par la réception (1991), et c'est au maître d'ouvrage de prouver, plus tard, qu'un défaut n'était pas visible pour lui à cette date (mars 2022).

3- Le procès-verbal de réception

Le procès-verbal constate l'acceptation, avec ou sans réserves, et porte la date de la réception. Il est signé par les deux parties. Quand il n'est pas signé, la réception n'est pas perdue pour autant : elle peut être tacite, si la prise de possession et le paiement la font présumer, ou judiciaire, si le juge la prononce.

4- La levée des réserves

Les réserves inscrites sont reprises par l'entreprise dans le délai fixé d'un commun accord. Leur exécution est constatée ensemble ou, à défaut, par le juge. Cette levée libère la retenue de garantie, sauf opposition motivée du maître d'ouvrage.

5- Ce qui démarre le jour de la réception

  • Les trois garanties légales courent à partir de la date de réception : la garantie de parfait achèvement pour les réserves et les désordres signalés par écrit dans l'année, la garantie biennale pour les équipements qui se retirent sans abîmer le bâti, la garantie décennale pour les dommages qui touchent la solidité du bâtiment ou le rendent impropre à son usage.
  • L'assurance dommages-ouvrage prend effet après la fin de la garantie de parfait achèvement, avec deux exceptions après une mise en demeure restée sans effet : avant la réception si le contrat de l'entreprise a été résilié pour inexécution, après la réception si l'entreprise n'a pas fait les reprises.
  • Le solde du prix devient exigible, la retenue de garantie mise à part.
  • Le risque de perte de l'ouvrage passe au maître d'ouvrage.

Ce que la réception change pour le maître d'ouvrage

Les garanties commencent

Sans réception, le régime des garanties ne s'ouvre pas : la Cour de cassation l'a jugé en février 2017. C'est pourquoi un maître d'ouvrage demande parfois lui-même qu'une réception soit retenue.

Les défauts visibles sont couverts

Reçu sans réserves, l'ouvrage est accepté avec ses défauts apparents. Les réserves inscrites le jour de la réception pèsent donc lourd. Un travail mal fait ou différent de la commande, c'est une malfaçon ou une non-conformité.

Le risque passe au maître d'ouvrage

Avant la réception, si l'ouvrage périt, par un incendie ou un cyclone, la perte est pour l'entreprise. Une exception : si le maître d'ouvrage avait été mis en demeure de recevoir ou de vérifier l'ouvrage.

L'assurance dommages-ouvrage peut jouer

Souscrite avant le chantier par le maître d'ouvrage, elle prend en charge les réparations, en principe, sans attendre qu'un responsable soit désigné. En savoir plus sur la mise en jeu de l'assurance dommages-ouvrage.

Ce que la réception change pour l'entreprise

Le paiement du solde

  • La retenue de garantie est versée à la fin du délai légal, sauf opposition motivée.
  • Tant que l'ouvrage n'est pas reçu, l'entreprise porte le risque de sa perte.

La responsabilité change de terrain

Une protection : les défauts visibles non réservés

Un défaut visible le jour de la réception et non réservé est couvert. C'est au maître d'ouvrage de prouver que le défaut n'était pas visible pour lui ce jour-là (Cour de cassation, mars 2022).

La chronologie du chantier

Le cabinet défend aussi des artisans et des sociétés assignés en expertise judiciaire des années après la fin de leur chantier. La date de réception fixe le point de départ des garanties, et elle dit si le défaut reproché était visible ce jour-là. La chronologie du chantier est la première pièce à retrouver. En savoir plus sur le référé expertise et sur la responsabilité des constructeurs.

Le débiteur est condamné, s'il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l'inexécution de l'obligation, soit à raison du retard dans l'exécution, s'il ne justifie pas que l'exécution a été empêchée par la force majeure.
Code civil, article 1231-1 (version en vigueur au 1er octobre 2016)Légifrance

Quand la réception se discute : ce que chaque partie fait valoir

Les rôles s'échangent d'un dossier à l'autre. Tantôt c'est le maître d'ouvrage qui demande qu'une réception soit retenue, parce qu'elle lui ouvre les garanties. Tantôt c'est l'entreprise, parce qu'elle lui ouvre le paiement du solde. Le tableau décrit des arguments, pas des issues : l'issue dépend des pièces.

SituationLe maître d'ouvrage soutientL'entreprise soutientLe juge regarde
Aucun procès-verbal, ouvrage occupé et payéQu'il n'a jamais voulu accepter, ou au contraire qu'une réception tacite lui ouvre les garantiesQue la prise de possession et le paiement font présumer l'acceptationLa volonté de recevoir, que celui qui l'invoque doit prouver
Le maître d'ouvrage refuse de recevoirQue l'ouvrage n'est pas en état d'être reçuQue l'ouvrage est en état d'être reçu à une date donnéeSi les travaux sont en état d'être reçus, et à quelle date
Réserves au procès-verbal, retenue maintenueQue les reprises ne sont pas faitesQue les reprises sont faites et que l'opposition est abusiveL'exécution des reprises et le motif de l'opposition
Réception sans réserves, défaut découvert ensuiteQue le défaut n'était pas visible pour lui le jour de la réceptionQue le défaut était visible, donc couvertSi le défaut était apparent ce jour-là, preuve à la charge de celui qui réclame
Un lot reçu, le reste inachevéQue rien n'est reçu tant que l'ouvrage n'est pas achevéQue son lot, payé et occupé, est reçuSi le lot forme un ensemble cohérent

La preuve pèse sur celui qui invoque, la réception tacite comme le défaut non réservé. Et pour la réception judiciaire, le juge regarde l'état de l'ouvrage à une date, pas le caractère abusif d'un refus.

Six situations qui posent problème

L'entreprise ne vient pas signer

Côté maître d'ouvrage : vous occupez l'ouvrage, vous avez payé, et il n'y a pas de procès-verbal. Deux voies existent : la réception tacite, que la prise de possession et le paiement font présumer, et la réception judiciaire, que vous pouvez demander au tribunal.

Côté entreprise : ne pas venir signer n'empêche pas qu'une réception soit retenue, à une date que vous n'avez pas choisie, avec les garanties qui courent de cette date.

Le maître d'ouvrage refuse de recevoir

Côté maître d'ouvrage : les travaux ne vous paraissent pas acceptables et vous refusez de signer. Ce refus ne clôt pas la question. Le juge peut prononcer la réception si les travaux sont en état d'être reçus.

Côté entreprise : vous pouvez demander cette réception judiciaire. La date retenue est celle à laquelle l'ouvrage était habitable, même avant l'entrée dans les lieux.

Les réserves ne sont jamais levées

Côté maître d'ouvrage : vous avez inscrit des réserves et rien n'a été constaté depuis. La reprise relève de la garantie de parfait achèvement. La retenue de garantie reste bloquée si vous avez notifié une opposition motivée, par lettre recommandée.

Côté entreprise : un désaccord sur la réalité des reprises vous prive de la retenue et, après mise en demeure, l'assureur dommages-ouvrage peut payer les réparations à votre place. Si vous avez quitté le chantier avant la fin, c'est un abandon de chantier, et les règles sont autres.

Une réception tacite contestée

Côté maître d'ouvrage : vous avez emménagé et payé, mais vous contestez avoir accepté, parce que vous avez signalé des défauts dès l'entrée.

Côté entreprise : vous invoquez la présomption tirée de la prise de possession et du paiement.

La règle est la même pour les deux : c'est à celui qui invoque la réception tacite de la prouver, et la volonté d'accepter s'apprécie à la date discutée. Les défauts signalés après l'entrée dans les lieux comptent selon les pièces. Les rôles s'inversent parfois : un maître d'ouvrage invoque lui-même la réception tacite pour ouvrir les garanties, et l'entreprise la conteste.

Le solde est retenu

Côté entreprise : le chantier est achevé, le client occupe les lieux et garde une somme. Si c'est la retenue de garantie, la loi dit quand elle se libère et à quelle condition elle reste bloquée. Une opposition abusive expose son auteur à des dommages-intérêts.

Côté maître d'ouvrage : bloquer la retenue suppose une opposition motivée par l'inexécution, notifiée par lettre recommandée. Le reste des comptes se discute sur le contrat : c'est un litige de paiement.

Un seul lot est reçu

Côté entreprise : votre lot est terminé, payé et occupé. Il peut être reçu même si le chantier continue.

Côté maître d'ouvrage : accepter un lot, c'est l'accepter en entier, avec ou sans réserves. Un procès-verbal qui accepte une partie des éléments d'un lot et refuse les autres ne vaut pas réception de ce lot. Savoir ce qui forme un lot ou une tranche indépendante est une question de fait, discutée dossier par dossier.

Focus : réception et garantie décennale

La garantie décennale couvre les dommages les plus graves, ceux qui touchent la solidité de la maison ou la rendent inhabitable, et elle dépend entièrement de la réception : elle court à partir de sa date, et sans réception, la Cour de cassation a jugé que la responsabilité décennale des constructeurs ne pouvait pas être mise en œuvre. Un maître d'ouvrage qui découvre un dommage grave commence donc par établir quand l'ouvrage a été reçu ; une entreprise mise en cause commence par le même point. En savoir plus sur la garantie décennale et ses recours.

Les risques d'une réception négligée

  • Pas de procès-verbal : la date de la réception se discute, et une réception tacite peut être retenue à une date que personne n'a choisie.
  • Pas de réserves sur un défaut visible : il est couvert, et c'est au maître d'ouvrage de prouver qu'il n'était pas visible pour lui.
  • Réserves jamais levées : la retenue reste bloquée, ou se libère à la fin du délai légal faute d'opposition motivée.
  • Chronologie perdue : une entreprise assignée des années après son chantier ne peut plus dire quand les garanties ont commencé, ni si le défaut était visible ce jour-là.
  • Assurance dommages-ouvrage : sans réception, elle ne joue qu'après la résiliation du contrat de l'entreprise pour inexécution et une mise en demeure restée sans effet.

Quand consulter un avocat sur une réception discutée ?

La question se présente à deux moments.

  • Quand la réception reste ouverte : le chantier s'est mal terminé, personne n'a signé de procès-verbal, ou l'une des parties refuse de signer.
  • Quand une partie oppose à l'autre une date de réception, dans une lettre, dans une déclaration à un assureur ou dans une assignation.

Une entreprise assignée des années après son chantier est dans le second cas. Dans les deux cas, la date de la réception détermine la suite du dossier.

Un premier rendez-vous sert à reconstituer la chronologie du chantier à partir des pièces, puis à la confronter aux critères de la loi et de la Cour de cassation. Le cabinet est consulté sur ce point par des maîtres d'ouvrage comme par des entreprises. En savoir plus sur la réception des travaux et les réserves.

Le cabinet intervient en droit de la construction sur toute l'île, depuis Saint-Leu. Maître SITALAPRESAD examine la position de chaque partie et favorise l'issue amiable selon l'opportunité du dossier. Ce n'est que lorsque la discussion échoue que le contentieux est engagé. Aucune règle ne dit à l'avance si une réception sera retenue : la réponse dépend des pièces et de la date qu'elles permettent d'établir. Quand les pièces ne permettent pas de soutenir la date espérée, vous le savez dès le premier rendez-vous.

Cet article présente des repères généraux et ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation s'apprécie au vu de ses pièces et de ses circonstances.

Bon à savoir

Questions fréquentes

5 questions pour préciser les points qui reviennent le plus souvent.

Que se passe-t-il si personne ne signe de procès-verbal ?

La réception n'est pas perdue. Elle peut être tacite, quand la prise de possession et le paiement des travaux font présumer la volonté de recevoir (avril 2019), ou judiciaire, quand le juge la prononce parce que l'ouvrage est en état d'être reçu (octobre 2017). Dans les deux cas, c'est à celui qui l'invoque de la prouver.

La réception devant le juge doit-elle aussi être contradictoire ?

Oui. Le code civil pose que la réception est prononcée contradictoirement dans tous les cas, à l'amiable comme devant le juge. Comment cette exigence se vérifie dans un dossier donné, le texte ne le dit pas.

Le juge peut-il fixer la réception à une date antérieure à l'entrée dans les lieux ?

Oui. La réception judiciaire se prononce à la date à laquelle l'immeuble était habitable. Le juge recherche, quand on le lui demande, si l'ouvrage n'était pas en état d'être reçu avant l'entrée dans les lieux. La Cour de cassation l'a jugé en 1998.

Un sous-traitant est-il tenu des garanties qui suivent la réception ?

Non pour la garantie décennale, dit la fiche officielle de l'administration : le sous-traitant n'a pas de lien direct avec le maître d'ouvrage. Il reste tenu de ses engagements envers l'entreprise qui l'a engagé. En savoir plus sur la sous-traitance.

L'assurance dommages-ouvrage joue-t-elle avant la réception ?

En principe non : elle prend effet après la fin de la garantie de parfait achèvement, donc après la réception. Elle joue avant dans un cas précis : quand le contrat de l'entreprise a été résilié pour inexécution, après une mise en demeure restée sans effet.

Textes de loi et références

Sources

  1. Code civil, article 1792-6 (version en vigueur au 1er janvier 1979). Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006443552
  2. Loi n° 78-12 du 4 janvier 1978 relative à la responsabilité et à l'assurance dans le domaine de la construction. (1978). Journal officiel de la République française. https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000522720
  3. Direction de l'information légale et administrative. (2024). Garanties après la réception des travaux (fiche F2958). Service-Public.gouv.fr. https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2958
  4. Cour de cassation, troisième chambre civile, 9 octobre 1991, pourvoi n° 87-18.226, sans ECLI, publié au Bulletin. Judilibre. https://www.courdecassation.fr/decision/60794c4e9ba5988459c453af
  5. Cour de cassation, troisième chambre civile, 24 novembre 2016, pourvoi n° 15-26.090, ECLI:FR:CCASS:2016:C301297, publié au Bulletin. https://www.courdecassation.fr/decision/5fd917945c3925b312d4b5b6
  6. Cour de cassation, troisième chambre civile, 13 juillet 2017, pourvoi n° 16-19.438, ECLI:FR:CCASS:2017:C300832, publié au Bulletin. https://www.courdecassation.fr/decision/5fd8fbc4468dd9911b94bd85
  7. Cour de cassation, troisième chambre civile, 30 janvier 2019, pourvois n° 18-10.197 et 18-10.699, ECLI:FR:CCASS:2019:C300050, publié au Bulletin. https://www.courdecassation.fr/decision/5fca797db65b4267968f32b4
  8. Cour de cassation, troisième chambre civile, 18 avril 2019, pourvoi n° 18-13.734, ECLI:FR:CCASS:2019:C300334, publié au Bulletin. https://www.courdecassation.fr/decision/5fca71a93a47785d9aa91510
  9. Cour de cassation, troisième chambre civile, 12 octobre 2017, pourvoi n° 15-27.802, ECLI:FR:CCASS:2017:C301043, publié au Bulletin et au Rapport. https://www.courdecassation.fr/decision/5fd8f67229986e8ab5124a41
  10. Cour de cassation, troisième chambre civile, 14 janvier 1998, pourvoi n° 96-14.482, sans ECLI, publié au Bulletin. Judilibre. https://www.courdecassation.fr/decision/60794cd79ba5988459c4737a
  11. Cour de cassation, troisième chambre civile, 2 février 2017, pourvoi n° 14-19.279, ECLI:FR:CCASS:2017:C300143, publié au Bulletin et au Rapport. https://www.courdecassation.fr/decision/5fd90efcf8dc7da8b68733b4
  12. Cour de cassation, troisième chambre civile, 16 mars 2022, pourvoi n° 20-16.829, ECLI:FR:CCASS:2022:C300254, publié au Bulletin. https://www.courdecassation.fr/decision/6232dd3b1df1df0542875abb
  13. Loi n°71-584 du 16 juillet 1971, article 1 (version en vigueur au 1er janvier 2020). Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000039280616
  14. Loi n°71-584 du 16 juillet 1971, article 2 (version en vigueur au 17 juillet 1971). Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006474230
  15. Code civil, article 1792 (version en vigueur au 1er janvier 1979). Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006443502
  16. Code civil, article 1788 (version en vigueur au 21 mars 1804). Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006443464
  17. Code civil, article 1790 (version en vigueur au 21 mars 1804). Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006443484
  18. Code des assurances, article L242-1 (version en vigueur au 30 juillet 2008). Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000019265425
  19. Code civil, article 1231-1 (version en vigueur au 1er octobre 2016). Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000032010123
  20. Code des assurances, article L241-1 (version en vigueur au 8 août 2015). Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000031010281
  21. Cour de cassation, troisième chambre civile, 2 mars 2022, pourvoi n° 21-10.753, ECLI:FR:CCASS:2022:C300212, publié au Bulletin. https://www.courdecassation.fr/decision/621f1707459bcb7900c39e82

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